Comment j’ai ré éduqué la charge mentale de mon conjoint 

Cher Journal,

La semaine dernière, j’ai décidé d’entamer une grève, adoptant une attitude de mécontentement affichée avec ma pancarte « Maman démissionne » imaginaire. 

J’étais assise raide comme un piquet dans le canapé. Bien que le message ait eu du mal à passer, il a eu son petit effet. 

Pour que tu comprennes bien, il faut replacer les choses dans leur contexte. Habituellement, je ne suis pas chafouine pour un rien, du moins pas souvent, mais cette fois-ci, cela était largement justifiable. 

Il y a quelque temps, nous avons pris la décision d’avoir un troisième enfant. Ne me juge pas, nous reviendrons sur cette folie plus tard. Enfin bref, nous avons donc décidé d’avoir un troisième enfant. Déjà avec deux enfants, c’était du travail, mais avec trois, cela demande une souplesse comparable à celle d’un gymnaste aux Jeux Olympiques. Alors, comme pour le deuxième enfant, nous nous sommes dit que ce serait la dernière fois, et ensuite, nous baisserions le rideau. Mais là, les choses devenaient plus concrètes. J’ai donc décidé de profiter de ce petit trésor en prenant 6 mois de congé parental. La perspective de voir grandir cette petite personne me remplissait de joie. 

C’est à ce moment-là que tout a basculé dans notre organisation, qui jusqu’alors était -presque- parfaite. J’étais à la maison et monsieur faisait bouillir la marmite. Nous nous sommes retrouvés dans une parodie de la famille Ingalls, mais en ville, avec la fibre, un Cookéo et tout. Je m’occupais des enfants, du linge, des repas, des rendez-vous de chacun.  

Même si la charge était lourde, j’étais dans cette ambivalence que toutes les jeunes mamans peuvent connaître, du genre « et voilà, c’est encore moi qui change la petite », et si mon conjoint avait le malheur de prendre l’initiative de le faire, « ah non, mais fais attention, utilise plutôt cette crème que celle-là, et mets le scratch gauche en premier plutôt que le droit ». Alors, le temps que toutes les personnes soient d’accord dans ma tête, je m’en occupais. 

On a essayé d’instaurer une nouveauté : Il devait se charger des rendez-vous médicaux. Mais là encore, s’il prenait rendez-vous pour les vaccins des deux mois et que cela coïncidait avec mon déjeuner avec ma copine Joséphine, c’était problématique. Si ma petite merveille avait de la fièvre, je n’aurai jamais le temps de m’inquiéter des histoires de cœur de Joséphine. En jonglant entre mon mocktail, le Doliprane, le thermomètre, et essayer de tenir un semblant de conversations, c’était trop complexe. Il faut dire que cela faisait des mois que je vivais par procuration. J’écoutais les histoires de mes amis comme on regarderait « Plus belle la vie », impatiente de connaître la suite. D’accord, je n’avais peut-être pas averti que je sortais ce midi-là, mais en même temps, il n’était pas là, donc finalement, peu importe, non ? … D’accord, d’accord, je me chargerai aussi des rendez-vous. 

Et c’était pareil pour le linge, le bougre n’utilisait jamais la bonne lessive. Et les spectacles de danses de la cadette ? Niveau maquillage de scène, la pauvre enfant aurait ressemblé à un clown d’un cirque low-cost. L’orthophoniste pour l’aîné ? En prenant rendez-vous en journée, les places étaient plus faciles à obtenir. Puis en plus, je ne suis pas jalouse, mais elle est quand même très jolie, l’orthophoniste, alors je m’en suis occupée aussi. 

Mais voilà, après ces mois à jongler avec le ménage, les courses, ma petite merveille, nos 2 grands (pas si grands), les vaccins, les rendez-vous chez le pédiatre comme une saltimbanque de rue, j’étais de retour au travail. 

“Il est venu le temps des cathédrales de reprendre le chemin du travail…” Je me suis chantée, (avec plus de justesse que Julien de la star ac’) le sourire jusqu’aux oreilles. Bien heureuse de retrouver mon prénom et de ne plus être seulement « la maman de », je pouvais enrichir mes conversations avec d’autres mots que « areeeuuuhh bééébbbééééé ». Joie, bonheur. Avec une petite appréhension, j’étais tout de même heureuse.  

Et là, toute ma joyeuse tribu a eu du mal à se défaire de l’idée que je m’occuperais de tout. J’ai bien essayé de continuer à gérer, mais le besoin de respirer, de prendre du recul, de retrouver un équilibre s’est imposé. Passer de maman omniprésente à un co-parent qui partage les tâches équitablement, j’ai bien essayé, mais le grand écart était trop important pour ma moitié. N’est pas Jean-Claude Van Damme qui veut. 

Je m’étais infligée, par mon ambivalence, le désir de partager les tâches et en même temps la volonté de tout gérer. En résumé : une charge mentale folle. Je me créais une liste de rappels incessants qui tournillaient dans ma tête, jours et nuits.  

C’est là qu’on se retrouve. J’aurais pu me mettre à crier, à pleurer, faire des reproches sournois comme Meryl Streep dans « Le diable s’habille en Prada ». Mais non. J’ai pensé à une tout autre stratégie. Après tout, le diable réside dans les détails, non ? À la manière dont j’ai dû rééduquer mon périnée après l’accouchement, j’allais rééduquer la charge mentale de ma moitié. Mais sans les 10 séances prescrites. Je serai un kiné mental un peu expéditif. 

C’est ici que tu me retrouves assise dans mon canapé. Sans aucune annonce, j’ai décidé de ne plus rien faire, ou pas grand-chose… Il n’y avait qu’à suivre le mouvement pour que je sois sur son tempo. Le lave-vaisselle est propre ? Super, et ? « Maman, il est où mon survêt’ gris ? », alors ça… tu me poses une colle…  

On a même eu une discussion lunaire où Simon me dit qu’il va rentrer tard car il va aller acheter des nouveaux sous-vêtements car il n’en a plus. « Simon, je te présente la machine à laver, la machine à laver je te présente Simon ». Une fois les présentations faites, j’ai pu prouver qu’il n’y avait aucun code secret pour s’en servir. Bouton on/off, lessive (jusqu’au premier trait du bouchon vert) et paf. 

Bien sûr qu’il faut tenir bon, le temps que tout le monde puisse réapprendre à participer. 

Alors tu vois, mon cher journal, à trop vouloir être la wonder-woman de la gestion, j’ai donné des mauvaises habitudes à ma tribu, et surtout à moi-même. Mais je travaille à corriger le tir et je termine cette page en me tournant vers l’espoir où mes lendemains ne seraient qu’humour et légèreté (mouhahah, avec trois enfants, impossible ma grande !), bon ok, au moins un peu plus d’équité. 

Faut qu’on se quitte, j’ai le repas à préparer !

signature


Pour le plaisiiiiiir…

Ces articles pourraient vous intéresser

  • L’invitation à un anniversaire

    L’invitation à un anniversaire

    Survivre à un anniversaire d’enfant, c’est le lot de tous les parents ? mais est-ce pour autant un bon moment ?

  • Une nuit blanche (encore)

    Une nuit blanche (encore)

    Les nuits blanches, c’est le lot de tous les parents. Zoom sur une nuit riche en rebondissement

  • Mon village de femme 

    Mon village de femme 

    Mon jogging super confortable, mes piliers, et moi… (ou comment je suis passée à travers la dépression post partum)